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ivan wyschnegradsky
ivan wyschnegradsky
photo isabelle de rouville 1978
ivan wyschnegradsky
photo collection particulière 1925
ivan wyschnegradsky   ivan wyschnegradsky

Association Ivan Wyschnegradsky
106 Boulevard Lefèvre
F. 93600 - Aulnay-sous-Bois
Tel: 01 48 68 09 76
E-mail : vdbjoste@club-internet.fr
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ivan wyschnegradsky
la journée de l\'existence

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biographie
ivan wyschnegradsky naît le 4 mai 1893 dans une famille de la haute société de saint-pétersbourg. après avoir commencé la musique avec son père, lui-même compositeur - et financier de profession, wyschnegradsky suit des études d'harmonie, d'orchestration et de composition avec nicolas sokolov, professeur au conservatoire de saint-pétersbourg. parallèlement à la musique, il fait des études de droit. sa mère, poète, soutient ses aspirations artistiques : il s'intéresse à la littérature, au dessin, aux mathématiques, se passionne pour la philosophie et les pensées d'extrême-orient.

dès 1914, les œuvres du jeune ivan wyschnegradsky sont créées au théâtre du palais pavlovsk (saint-pétersbourg) sous la direction de varlich, aslanov et malko. marqué par la mort prématurée de scriabine en 1915, wyschnegradsky traverse une expérience intense qui accompagne l'écriture de la journée de l'existence (1916-17), tout d'abord intitulée la journée de brahmâ. bien qu'écrite en demi-tons, cette œuvre pour récitant, grand orchestre et choeur mixte, annonce les prémisses du projet de la pansonorité qui animera l'œuvre entière du compositeur. dès 1918, wyschnegradsky conçoit un premier projet de synthèse ultrachromatique utilisant des intervalles plus petits que le demi-ton, soit les 1/3, 1/4, 1/6e et 1/12e de ton. il décide de disposer deux pianos en angle droit et de les accorder à distance d'un quart de ton. il établit un premier projet de notation des 1/12e de ton et écrit chant douloureux et étude (1918) pour violon et piano - le violon jouant des tiers, quarts, sixièmes et huitièmes de ton. les premières conceptions musicales et esthétiques de wyschnegradsky, contemporaines des mouvements futuristes, constructivistes et symbolistes actifs dans la russie du début du siècle, sont accueillies par nicolas strelnikov dans la vie de l'art (saint-pétersbourg, 1919) comme "la musique du futur".

en 1920, wyschnegradsky quitte la russie et s'installe à paris avec le projet de réaliser un piano en 1/4 de ton. un piano à transmission pneumatique est construit par pleyel en 1921. estimant le résultat non satisfaisant, wyschnegradsky rejoint, en 1922, les projets de facture instrumentale menés par willy moellendorf, richard stein, jörg mager et aloïs hába à berlin. le premier piano en quarts de ton sera finalement réalisé à la demande de hàba par a. förster (tchécoslovaquie) en 1924, retenant les indications de wyschnegradsky en faveur d'un triple clavier. par la suite, wyschnegradsky reviendra néanmoins, en situation de concert, à la solution des pianos accordés à distances modulables (en 1/4, 1/6e, 1/12e de ton), qu'il jugera plus musicale.

au cours des années trente, ses œuvres sont régulièrement créées. présenté par josé bruyr, un concert monographique a lieu à paris en 1937, salle chopin-pleyel, sous la direction de l'auteur. le programme, comprenant des œuvres pour deux et quatre pianos accordés en quarts de ton, fut salué en des termes élogieux par olivier messiaen : "ce festival consacré à l'audition exclusive des œuvres de ivan wyschnegradsky me paraît l'événement le plus important du mois… il y a ici, non seulement des contours mélodiques connus et appréciés des seuls indous, mais encore un matériel harmonique absolument nouveau, qui nous apporte des prismes, des grappes d'accords, des carillons touffus, d'aériennes guirlandes. ce qui frappe tout d'abord dans cette musique, c'est d'une part, le charme pénétrant des agrégations harmoniques et d'autre part, la netteté absolue des intervalles…". parallèlement, wyschnegradsky expose les fondements de l'ultrachromatisme et sa conception du continuum sonore dans une philosophie dialectique de l'art musical (1936, paris, l'harmattan, 2005) et publie les bases de sa technique musicale dans le manuel d'harmonie à quarts de ton (la sirène musicale,1932 ; réédition paris, max eschig, 1980). des articles paraissent régulièrement dans des revues de musicologie telles que la revue musicale, polyphonie, le ménestrel, la revue d'esthétique, dont une "controverse" entre wyschnegradsky et alois hába, publiée dans la revue musicale (1937-1938), juste avant la guerre.

malgré la maladie et la dureté des années de guerre, wyschnegradsky écrit prélude et fugue op. 30 (1945) pour trois pianos accordés à distance de 1/6e de ton et ne cesse d'approfondir ses recherches. un second concert monographique donné en 1945 à la salle chopin-pleyel fait découvrir linnite op. 25 pour voix de femmes et quatre pianos, cinq variations sur la note ut op.10 et cosmos op. 28, œuvres créées par yvonne loriod, yvette grimaud, serge nigg et pierre boulez. les années 1950 se caractérisent par la mise en œuvre d'une technique basée sur des structures de périodicité non-octaviante. explorée dans les etudes sur les densités et les volumes op. 39, l'etude sur le carré magique sonore op. 40, elle se déploie dans des œuvres pour formations orchestrales telles que cinq variations sans thème et conclusion op. 33 (1951-1952), créée par l'orchestre radiosymphonique de strasbourg sous la direction de charles bruck, ainsi que les polyphonies spatiales, op. 39 (1956) pour piano, harmonium, ondes martenot, percussions et orchestre de cordes, créée en 1981 par le radio kammerorkest de middelburg, sous la direction de ernest bour. au cours de ces années, wyschnegradsky achève son ouvrage théorique majeur la loi de la pansonorité (1924-1954, editions contrechamps, genève, 1996) : le projet large et radical de "l'ultrachromatisme" s'étend à l'ensemble de tous les sons audibles et se tourne vers une conception non hiérarchique du son, en dehors de tout système sonore établi. l'ultrachromatisme s'applique aussi bien au domaine des fréquences (hauteurs) qu'à celui des durées et des rythmes. peu à peu wyschnegradsky explore de nouveaux milieux sonores avec des œuvres telles que arc-en-ciel op. 37 (1956) pour six pianos accordés à distance de 1/12e de ton et etude ultrachromatique op. 42 pour l'orgue tricésimoprimal accordé en 31e d'octave d'adriaan fokker. sa réflexion se confronte à la possibilité de nouveaux instruments et à l'électroacoustique dans "continuum électronique et suppression de l'interprète" paru dans les cahiers d'études de radio -télévision (paris, avril 1958).

durant les années 60, des œuvres de maturité telles que l'etude sur les mouvements rotatoires op. 45 (conçue en plusieurs versions), intégrations op. 49 affirment le principe spatial des espaces cycliques non-octaviants. wyschnegradsky vit dans une relative solitude, soutenu entre autres par olivier messiaen, henri dutilleux et claude ballif. puis les années 70 voient une reconnaissance s'affirmer autour de son oeuvre : un numéro spécial de la revue musicale lui est consacré en 1972 sous la direction de claude ballif. ses oeuvres sont jouées en france, en europe, au canada, sous l'impulsion de martine joste, sylvaine billier, bruce mather et d'un cercle grandissant de passionnés. en 1978, le cycle "perspectives du xxe siècle" de radio-france, produit par alain bancquart, rend hommage au compositeur alors âgé de 84 ans, avec la création de la journée de l'existence par le nouvel orchestre philharmonique, sous la direction d'alexandre myrat. l'année suivante, wyschnegradsky reçoit une commande officielle de radio-france: le trio à cordes op. 53, bien que resté inachevé, présente en un unique mouvement, l'emboîtement accompli de deux espaces non-octaviants. invité du daad (deutscher akademischer austauschdienst) comme compositeur en résidence à berlin en 1979, il doit y renoncer pour des raisons de santé. ivan wyschnegradsky meurt à paris, le 29 septembre 1979, à l'âge de 86 ans.

pascale criton