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shiiin
fritz hauser schraffur for gong solo
fritz hauser - schraffur for gong solo
shiiin 7  CD  2012 acheter
schraffur for gong solo
01 schraffur for gong solo 58’ 53’’

gong recorded at casa delle masche, piedmont, italy on april 28, 2011, 00:05’- 00:59’
voice recordings at the same location on several days in summer 2011
performed, recorded and mixed by fritz hauser
mastered by martin pearson at platinum one, zürich, switzerland
graphic design : séverine henrot - photo : priska ketterer
thanks to sven boenicke/audiomanufacture and patrick becker/nurton for equipment and advice
© fritz hauser / suisa 2011

for isabel
livret
schraffur : niesen, variation hauser

il faut entendre le premier mouvement de fritz hauser ; entendre ce mouvement d’avant le premier son, ce mouvement qui provoquera le premier son de schraffur. le moment est insaisissable, il tient de la seconde cent fois découpée, mais n’en est pas moins important : parce qu’il renferme la seule trêve concédée par cet ouvrage d’endurance. il faut entendre ce mouvement ou bien l’imaginer. après quoi, fritz hauser se lance, frotte lentement d’abord la surface d’un gong de petite taille, avec application, comme un enfant entamerait au crayon l’angle d’un losange dans l’idée d’en colorier l’intérieur jusqu’à l’angle opposé – ici, quelques aspérités. on trouvera cependant des différences entre la figure de l’enfant et celle du musicien : l’instrument du second, par exemple, dépose non pas une mais cent couleurs à mesure qu’il progresse. au lieu d’un losange monochrome, c’est une nouvelle représentation du niesen – relief des alpes bernoises mis jadis en valeur par les nuages de ferdinand hodler ou les couleurs de paul klee – qui apparaît maintenant. niesen, variation hauser : dans les eaux du lac qu’il domine, le grand triangle se reflète. voici donc comment s’est formé ce losange qu’hauser comble de ses couleurs. mais alors que sa progression semblait toute tracée, qu’au mitan de l’ouvrage on distinguait déjà le point d’aboutissement, le percussionniste s’engouffre dans une ouverture qu’il a percée à force d’insistance. sous la surface, fritz hauser est allé se perdre. pour maintenant explorer.

schraffur a été écrite pour ça. dans sa première version, elle est une pièce d’une vingtaine de minutes sortie d’un petit gong. elle est le fruit d’une découverte et l’entame d’une nouvelle approche : « j’ai trouvé cette technique : je ne frappe plus, je gratte », s’enthousiasme fritz hauser. l’amateur de silence qu’il est sait que le silence « absolu » n’existe pas, alors le voici adaptant son intérêt musical : « ce que j’adore, c’est le passage du silence au son. » du silence au son, hauser passe donc sur ce gong de petite taille qui sera là son unique instrument : lentement d’abord, il en frotte la surface. découvrir une chose, c’est la mettre à vif, disait braque. hauser frotte maintenant avec plus d’insistance. les rayures qu’il dessine sur le métal rappellent les lignes qui animent le sable des jardins secs. de leurs rapprochements naissent des harmoniques qu’hauser arrange en univers. seul, sur ce schraffur aux couleurs de niesen, et quelques fois accompagné, le temps de représentations exceptionnelles : schraffur pour gong et orchestre symphonique à lucerne, schraffur radiophonique, schraffur pour gong et trois-cents percussionnistes au théâtre de bâle, avant d’autres schraffur sans doute…

ces variantes révèlent à chaque fois d’autres aspects de l’ouvrage. au théâtre, par exemple : il faut voir fritz hauser arriver sur scène, silhouette noire sur fond noir, mettre à vif un gong qu’il lève et puis couche ; accueillir des disciples qui imiteront ses gestes et répandront avec lui la nouvelle : le temps de schraffur est venu. c’est un peuple entier qui envahit alors l’espace du théâtre (scène, balcon, fauteuils d’orchestre même) et y défile, étonné encore par la teneur du propos auquel il a souscrit – enfant, ne lui avait-on pas proscrit de gratter, tout comme on lui avait interdit de dessiner sur les murs ? mais c’était le temps d’avant. avant qu’hauser trace des lignes de sons sur les murs des thermes de vals. avant qu’il élabore cet esperanto de la démangeaison qu’il fera langage universel. ouvrières et artisans, hommes d’affaires ou de la rue, ancêtres comme jeunes enfants, tous frottent en cœur et de concert : le temps de leur journée y passe, et puis ce sont les saisons. un petit monde usine dont les frottements engendrent un chant merveilleux que la rumeur des jours avait jusque-là caché.

ce chant de mont et de merveilles, fritz hauser le reprend seul ici ; le passage du silence au son, il le redécouvre. a force – redécouvrir une chose, n’est-ce pas la mettre à vif encore davantage ? –, on remarque que la pièce originelle s’est peu à peu adaptée : ses vingt premières minutes ont été augmentées et voici que le solo pour gong de petite taille consigné sur ce disque frôle l’heure entière – une fois retrouvé le premier geste, presque une heure d’exploration. qui, même inédite, raconte le dessein de schraffur dans le même temps qu’elle en est la quintessence. pour s’en persuader, il suffira d’aller réentendre le premier mouvement de fritz hauser ; ce mouvement qui provoquera le premier des innombrables sons de schraffur.

guillaume belhomme
presse
« ce que j’aime par dessus tout, c’est la transformation du silence en son. je viens de jouer en concert schraffur, une pièce que j’ai écrite pour un petit gong, par accident, alors que j’étais invité à jouer dans une soirée en compagnie de cinq percussionnistes : j’ai compris que ce serait le chaos technique alors j’ai développé cette pièce pour petit gong, je l’ai gratté pendant une vingtaine de minutes : j’ai trouvé cette technique, je ne frappe plus, je gratte, je décide d’étouffements puis je gratte avec des baguettes et ça crée des harmoniques incroyables. »
[fritz hauser, en octobre 2010, dans ces colonnes]

avec cette pièce pour gong, le percussionniste suisse apporte à l'œuvre solo qu'il élabore depuis plusieurs décennies une résonance ahurissante ; si l'horizontalité ondulante de schraffur empêche le qualificatif de « sommet », du moins peut-on parler à son sujet de point haut et d'heureuse surprise : la frappe sèche, directe, verticale à laquelle on associait un peu vite hauser (alors que son jeu de balais aurait dû nous en garder) est complètement écartée ici au bénéfice de la seule hachure – qui n'est pas exactement un frottement (tel qu'eddie prévost pourrait en produire par exemple, à l'archet).

en près d'une heure, en une lente progression crescendo et sa redescente, schraffur (qu'il ne faudrait pas trop hâtivement rapprocher de la composition de tenney intitulée koan : having never written a note for percussion), avec ses « moyens limités » (ceux qui, pour braque, « engendrent les formes nouvelles, invitent à la création, font le style. »), réinvente le gong : du plus concret, du plus mat, au plus abstrait, au plus envoûtant, par l'obstination modeste du percussionniste, navette en main, tisserand à son métier. dans son titre même, dans son mot, schraffur le fait entendre : hachure d'abord, grattage du sgraffite ensuite...

au cœur du geste et dans ses intensités subtilement variables, des impressions d'accélérations et de décélérations surgissent, concourant à l'animation de la structure de ce morceau au bombé de gong, au bombé de soucoupe sonnante qui s'élève, au bombé de mont : le niesen que guillaume « grisli » belhomme évoque justement dans son beau texte d'escorte – et que ferdinand hodler peignit.

une fascinante expérience d'audition. un grand disque, qui trouve naturellement sa place dans la deep listening collection du label shiiin, et dans toute bonne discothèque !


guillaume tarche - le son du grisli - juin 2012